Lors de la 6ème édition des Journées OHADA Bordeaux qui s’est tenue les 22 et 23 juin 2017 sous le thème « L’OHADA face aux nouveaux défis économiques de l’Afrique », la contribution du cabinet CT-AVOCATS  portait sur l’état des lieux des fonds d’investissement opérant en Afrique et les opportunités à saisir en “private equity”.

                         L’Afrique : nouvelle destination de choix des acteurs du private equity
L’engouement des fonds d’investissement pour l’Afrique aujourd’hui est sans précédent. Attirés par des taux de rentabilité internes (retour sur investissement) uniques au monde allant de 20 à 35% pour des investissements à échéance10 ans, les fonds d’investissement ont compris les atouts de ce marché à fort potentiel de croissance.
Preuve de cet engouement tous les mastodontes du private equity ont mis en place des véhicules d’investissement dédiés à l’Afrique (fonds d’investissements, fonds des fonds, sociétés de gestion…) et fait des levées de fonds record. C’est le cas de Calyle, KKR, Blackstone, qui rejoignent d’autres fonds actifs en Afrique tels que Brait, Ethos, Abraaj, Helios, AfricInvest, ECP Capital Partners qui ont levé environ 9Md$ depuis 2014.
Selon une étude de la Banque Mondiale, si l’Afrique maintient son niveau de croissance économique actuel qui est en moyenne de 5%, ses besoins de financement seraient de l’ordre de 90Md $/an sur les 15 prochaines années contre 3Md $ / an investis à ce jour par frilosité des investisseurs.

I. Quels sont les fonds d’investissement opérant sur l’Afrique?
Sans dresser un catalogue des fonds dédiés à l’Afrique, l’on observe sur le continent deux types d’investissements en private equity : le capital-risque et le capital développement. Le capital retournement et le LBO étant encore assez marginaux.
Parmi les fonds de capital-risque (qui financent les PME et start-up) l’on peut citer:
Garrigue : fonds français de capital-risque solidaire qui finance les entreprises en création ou en développement en Afrique francophone dans le domaine de l’agriculture ;
Echo VC Partners: fonds qui finance les entreprises africaines en phase de démarrage dans le domaine du numérique (téléphonie, médias, publicité, e-commerce, logiciel) ;
InvenFin: fonds suisse spécialisé dans le financement au stade précoce des projets ayant un potentiel de réussite à l’échelle internationale.
Parmi les fonds de capital-développement (qui financent les grandes entreprises), citons:
Acorn Private equity: fonds sud-africain spécialisées dans le financement des entreprises agricoles du continent ;
AB Kinnevick: fonds suédois opérant dans le secteur de la communication, l’e-commerce, le divertissement. Dans son portefeuille on retrouve notamment Jumia, Télé2, Millicom ;
ECP Capital Partners: fonds français dédié à l’Afrique, spécialisé dans l’industrie, l’agro-industrie, les infrastructures et l’enseignement ;
Hélios investment Partners LLP: fonds londonien dédié à l’Afrique, investissant dans le commerce de détail, les télécoms, services financiers, l’énergie et les transports ;
I&P Investisseurs Partenaires : actif dans le secteur de la santé, la construction, les services financiers. Il détient notamment 37% de participations dans la banque de développement des Comores depuis 2014.

II. Quels sont les secteurs dans lesquels investir en Private Equity en Afrique ?

Le rapport Africa Wealth 2017 dresse une liste des secteurs à fort potentiel de croissance en Afrique, donc rentables : autrement dit, toutes les entreprises opérant dans ces secteurs sont des cibles potentielles pour les fonds d’investissement :
L’énergie solaire : la plupart des pays africains ont plus de 300 jours d’ensoleillement par an, pourtant 600 millions de personnes (la moitié des africains) n’ont pas accès à l’électricité fiable ;
L’agriculture : l’Afrique possède 60% des terres arables non cultivées dans le monde, des sols fertiles, une main d’œuvre bon marché, et du soleil toute l’année. Pourtant elle importe plus de la moitié de ce qu’elle consomme (blé, riz, poulet, poisson…) pour plusieurs dizaines de milliards par an ;
Le marché des smartphones et l’accès à internet : si les Africains ne peuvent pas tous s’acheter un iPhone, ou le dernier Samsung, le marché des smartphones low cost est en pleine expansion. Quant à l’accès internet, hormis les opérateurs traditionnels, on compte quelques entreprises innovantes telles que BRCK au Kénya, qui a créé une Box fournissant le Wifi, la 3G, la 4G avec une batterie intégrée qui prend le relais en cas de coupure de courant. Cette start-up a prometteuse a pu lever 3M$ auprès des investisseurs ;
L’éducation : plus de 50% des 1,2Md d’africains ont mois de 31 ans, un capital humain menacé par le manque d’accès à l’école de qualité. Cependant, des initiatives se développent sur le continent pour compléter l’offre de formation existante à l’instar de Bridge Academy au Kenya, Omega Schools au Ghana, Enko Education au Cameroun, Afrique du Sud, Mozambique et Côte d’Ivoire ;
Le commerce de détail : avec l’ouverture des centres commerciaux qui commence à se démocratiser en Afrique sub-saharienne ;
L’immobilier pour Les besoins de bureaux, de logements, d’hôtels, ou de centres commerciaux.
D’autres secteurs tels que les applications mobiles, les solutions de paiement mobile, la santé, et les transports restent autant d’opportunités à saisir.
Vous l’aurez compris, les opportunités pullulent en Afrique, elles ne demandent qu’à être saisies par les fonds d’investissement.
Venez en Afrique !
Par Paul BAYEMI,
Avocat aux barreaux de Paris et du Cameroun. Manager du Cabinet CT-AVOCATS