Messieurs les membres du Clergé,
Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel du Littoral,
Monsieur le Conseiller à la Cour Suprême,
Monsieur le représentant du Président de la Cour d’Appel de l’Ouest,
Monsieur le Procureur Général près ladite Cour
Mesdames et Messieurs les Magistrats
Monsieur le Président de l’Ordre National des Médecins,
Autorités politiques, administratives et traditionnelles
Mesdames et Messieurs les Notaires, Huissiers de Justice et Greffiers,
Mes très chers et estimés Confrères,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec beaucoup de peine que nous avons tous fait le déplacement de BATIE ce jour pour venir célébrer les obsèques de notre confrère DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin.
Je voudrais, avant tout, renouveler à sa mère PAULINE, à la veuve ALICE, à ses enfants MICHELE, ASHLEY, JACK, DAREL et DALYA en particulier, à toute sa famille en général, à son associé Serge Jairzhino et à ses collaborateurs, les condoléances du Barreau du Cameroun, ainsi que mon réconfort personnel et la solidarité de l’ensemble de la grande famille judiciaire.
Je mesure aujourd’hui l’étendue et la profondeur de la douleur qu’a générée l’abasourdissante nouvelle de ce décès pour cette famille certes, mais aussi pour nous ses Confrères, qui formons la famille du Barreau du Cameroun.
J’appréhende aussi la difficulté qui va être la nôtre de gérer le vide qui s’est si subitement créé dans un état précédemment stable, et ce, sans perdre l’équilibre car, comment remplacer un père avec toutes les émotions qu’il a partagées avec ses enfants ?
Qui égalera ce Confrère unique en son genre, cet ami, quand on sait que chaque valeur humaine est particulière en chaque individu ?
Douloureuse est la perte d’un être cher et plus encore lorsqu’elle est définitive.
Il ne nous reste finalement que des regrets car, ici s’achève le parcours d’un homme qui avait commencé le 29 Aout 1972 à Yaoundé.
Le dossier professionnel de notre Confrère logé au Siège de l’Ordre nous renseigne que c’est le 17 janvier 1997, devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi, après avoir subi avec succès l’examen d’aptitude au Stage d’Avocat que Me DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin prête son serment d’avocat stagiaire sous le parrainage de Me NKOUENDJIN YOTNDA Maurice, avocat à Yaoundé.
Il subira ce stage durant deux ans et sera admis à l’examen d’aptitude à la profession d’avocat qui le sanctionnait pour prêter son serment d’Avocat le 10 novembre 1999 devant la Cour la Cour d’Appel du Littoral, où il avait décidé d’exercer.
Très tôt, il se fera remarquer dans les couloirs de nos Palais de Justice par sa simplicité, sa courtoisie et sa confraternité qui pouvaient se lire à distance à travers son sourire avenant et rayonnant.
Que ce soit dans le cabinet de Me SANJON Jules entre 1999 et 2002 ou celui de Me NOULOWE DEUMAGA Michel entre 2003 et 2012, Me DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin n’a pas arrêté d’apprendre et de s’améliorer, bien que pour beaucoup d’entre nous ses Confrères, sa valeur ne faisait plus de doute.
Est – ce convaincu de cela qu’il a finalement décidé de voler de ses propres ailes en fondant en 2012 avec Me SIEWE Serges Jairzhino, une société civile professionnelle d’Avocats ?
En tous cas, Me DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin a exercé son ministère de façon ininterrompue jusqu’à ce jour fatidique du 13 mai 2017 où il nous a été arraché, sans nous offrir l’occasion de voler à son secours pour tenter de le sauver.
L’exploitation de son dossier ne fait ressortir ni poursuite disciplinaire, ni sanction.
La vie de notre Confrère ne s’est pas circonscrite à son activité professionnelle et nous venons de nous en apercevoir, notamment à travers le témoignage du Président de l’Elite des jeunes ressortissants Bâtie de Douala, qui a montré une autre facette de celui qui, ce jour, ne fait simplement que nous précéder sur ce chemin que nous allons tous emprunter un jour ou l’autre.
Si je puis émettre un vœu, ce serait que l’un au moins de ses enfants pense à venir un jour, non seulement perpétuer sa mémoire, mais aussi (pourquoi pas ?) Porter plus haut encore qu’il n’a pu le faire, l’étendard de la famille dans la grande fratrie judiciaire.
C’est pourquoi j’engage ici tous mes Confrères à tendre TOUJOURS la main à tous ceux qui, venant au nom de Me DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin demanderont réconfort, soutien ou assistance, comme nous l’exige notre tradition de solidarité.
Il n’y aura pas d’autre façon de rendre hommage à ce Confrère que nous ne devons pas oublier.
Mesdames et Messieurs,
Mes très chers Confrères,
Maître DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin était connu comme un grand technicien du droit, des procédures, de la défense des libertés et de la protection des intérêts des personnes.
Diplômes et titres, Maître DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin les avait conquis et mérités, ce qu’on ne peut pas dire de tous les diplômés et titrés car, en effet, elle est vaine, cette fierté qui ne se fonde que sur la simple énumération des diplômes obtenus sans rendre compte de leur consubstantialité.
Oui !
Il n’y a aucun honneur à avoir des diplômes si on est incapable de rendre compte du contenu que ceux-ci sont censés représenter et c’est la problématique actuelle de notre société où le diplôme précède le savoir qu’il est sensé matérialiser.
Loin de Moi, à vrai dire, l’attitude des nostalgiques d’un autre temps pour qui, seule l’école du passé était la seule bonne école.
Beaucoup d’entre nous, je le sais, ont souffert de cette approche de la part de nos parents qui, étonnamment, étaient toujours premiers de la classe.
Non !
Mon propos n’est pas de dire que l’école d’aujourd’hui est sans quintessence ni substance et ce serait de toutes façons faux parce qu’en réalité, le savoir est universel et seule varie la pédagogie.
A l’heure où la formation initiale de nos jeunes Confrères et la formation continue de nous autres sont désormais un défi pour un Barreau de qualité, il est important de rappeler qu’elle ne peut être complète que pour autant qu’elle concerne à la fois le droit substantiel d’une part et les usages et règles déontologiques de notre ordre d’autre part.
Rentrer dans la profession d’Avocat pour apprendre à exercer le métier comme on entre à l’Université pour maîtriser les enseignements et non juste pour valider des unités de valeur, est le gage de l’efficacité et de la performance d’un futur Avocat dont l’esprit doit pouvoir restituer à la vitesse de l’éclair non seulement l’objet de la question, mais aussi tout l’environnement cognitif immédiat en rapport avec lui;
Il s’agit d’être comme perché sur une montagne, et dominer tout ce qui est en dessous, car, la connaissance est inhérente à notre profession et, si elle ne l’est pas dans nos esprits, nous devons avoir à l’esprit que l’Avocat jouit du préjugé d’être un connaisseur, un grand connaisseur, sinon, pourquoi l’appellerait-on « MAÎTRE ? »
Il en est ainsi dans le monde entier.
Il en est forcément ainsi chez nous
Ne pas pouvoir honorer cette considération qui n’est pourtant pas volée dans notre histoire ne pourra qu’avoir des conséquences sur nous-mêmes, notre image et notre crédibilité.
Aussi, en l’honneur de celui qui n’a jamais cessé de rechercher l’amélioration de la qualité de ses prestations, est-il nécessaire d’inviter plus que jamais chacun de nous à cette nécessaire élévation sans laquelle notre profession et nous-mêmes sombrerions dans une stagnation lamentable.
Ainsi, la toge ne doit-elle pas être le seul indicateur par lequel on pourrait reconnaître un Avocat, comme si c’est l’habit qui fait le moine…
Le temps est venu pour que le Barreau devienne comme il aurait déjà dû l’être depuis longtemps déjà, un milieu d’intellectuels qui ne laisse planer l’ombre d’aucun doute sur leur valeur, et plus un corps où seuls quelques-uns se distinguent tel un gros arbre cachant une forêt pourtant gigantesque.
L’Avocat Camerounais doit devenir celui dont il faut avoir l’avis, autant pour les petites gens en proie à des procédures pourtant simples auxquelles elles ne comprennent rien que pour les gros investisseurs locaux ou étrangers qui pensent ne pouvoir faire confiance qu’aux grandes firmes internationales dont les noms sont pour eux, mais parfois bien à tort, synonymes de qualité de service et de performance.
L’Etat,
Oui…
Le nôtre, doit pouvoir s’adosser sur son propre Barreau pour se faire accompagner dans les négociations et transactions domestiques comme internationales, sans nous soupçonner d’être justement ceux qui ignorent tout non seulement des dispositifs juridiques internationaux, mais aussi de nos propres textes.
L’Avocat bien formé qui doit être la règle dans notre Ordre, doit imposer le silence de son auditoire lorsqu’il prend la parole parce que tous veulent s’abreuver à la source de son savoir, créant la certitude que des maximes lourdes de sens ont été dites et bien dites.
J’abhorre cet Avocat paresseux et laxiste qui se contente de la routine, affirmant que tous les dossiers de même nature se résolvent de la même façon, et qui, pour toutes recherches, ressuscite de ses archives de vieux dossiers pour les recopier en changeant juste les noms des parties, quand il ne fait pas du copier-coller, à l’avantage des nouveaux instruments de bureautique.
Oui, je ne veux plus de cet Avocat à qui l’on rappelle ses manquements dans le montage de ses procédures et qu’on fait taire pour lui éviter de dire encore plus d’inepties ou cet autre qui, au lieu de se ruer vers les supports du savoir, recherche la facilité en sollicitant publiquement des consultations juridiques dans divers forums, s’exposant à la dérision dans les commentaires de ses Confrères
Au contraire l’Avocat, le bon, le vrai, celui qui se tient à flot par la mise à jour de ses connaissances, est celui qu’on consulte, que l’on soit client ou même un autre professionnel du droit et qui peut spontanément répondre avec aisance sur moult sujets.
C’est à ce type d’Avocat que le Magistrat demande une copie de ses conclusions pour la garder à titre de documentation personnelle, parce que le contenu est si édifiant qu’il voudrait assez souvent s’y référer.
Cet Avocat que j’appelle de mes vœux n’est pas celui qui, au nom de l’efficacité tous azimuts, emploie des moyens frauduleux pour parvenir à ses fins…
Ce n’est pas non plus celui qui, affiche sans que cela soit avéré toutes les mentions de spécialisation susceptibles d’allécher la clientèle qu’il finit toujours par décevoir.
C’est de ce type d’Avocat dont parle toujours avec ironie et mépris pour dire que nul n’ignore comment il fait pour gagner ses affaires…
Cet Avocat-là est de la même famille que celui qui convainc ses clients que la justice n’existe pas et que tout s’obtient dans les bureaux des magistrats à coups d’enveloppes glissées sous la table.
Elle soit disparaître cette race d’Avocat, partisane du moindre effort, pour laisser place à celle de ceux qui comme Me DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin, conscient de la noblesse de sa profession, défend son dossier à coup de conclusions fouillées, riches de références doctrinales et jurisprudentielles, celui qui argumente, qui est sûr de lui et de son savoir et qui sait convaincre.
C’est l’Avocat que tout justiciable voudrait avoir à ses côtés en cas de difficulté…
Cet Avocat-là n’est pas un simple rêve…
Il est en chacun d’entre nous.
Il somnole et parfois s’endort profondément au gré de notre paresse.
Les billets de banque nous obsèdent beaucoup plus que le savoir, oubliant que le savoir est un créateur et un multiplicateur de billets de banque.
L’Avocat aujourd’hui s’endort en effet à cause du peu d’exigence dans la qualité de la production intellectuelle désormais patente dans notre pays faisant de nous les acteurs de notre propre déchéance.
Si par la formation continue il ne se sauve, forcément, il ne saura plus oser, affirmer, soutenir ou convaincre ;
Il oubliera les maximes et les principes essentiels sur lesquels repose notre profession et ce faisant exposera les clients à la fragilité.
En somme, c’est de COMPETENCE dont il est question.
Cette compétence est à l’Avocat qui, tout au long des années, a appris non pour avoir un diplôme, mais pour connaître tout ce que doit connaître celui qui détient le diplôme en question et qui enseigne aux autres ce qu’il a appris lorsqu’il joue du verbe ou de sa plume.
Cet Avocat compétent, le Juge le respecte parce qu’il joue entièrement le rôle D’ACTEUR ESSENTIEL DE LA JUSTICE que la loi lui confère
Il est celui que redoute son adversaire, fut-il le Procureur de la République, et qui doit faire tous les efforts nécessaires pour ne pas perdre la face en public et, ce faisant, se met lui aussi au travail pour un débat de qualité qui ne profite qu’à la Justice.
Il doit se réveiller en nous, cet avocat-là, et sa potion magique, c’est la formation continue pour nous-mêmes par la recherche permanente de l’excellence et dans notre Cabinet, en prenant à notre compte la formation de nos collaborateurs et stagiaires qui sont le barreau de demain.
L’AVOCAT COMPETENT que j’appelle de mes vœux doit aussi recevoir le concours des organes ordinaux, et, à cet égard, je veux inviter chacun d’entre nous à saisir aussi souvent que possible, les opportunités offertes à travers les séminaires et colloques organisés directement par l’ordre ou ses partenaires à l’instar de l’UIA, la CIB, le CIFAF, l’ERSUMA et d’autres..
L’Avocat compétent qui doit être notre idéal notre quête commune, est celui auquel comme à Guy SILINOU, de façon unanime, les Confrères rendront un ultime hommage comme pour lui dire :
« Salut l’artiste, ton nom reste à jamais gravé dans les décisions de références de notre pays ;
C’est l’Avocat dont tout le monde se souviendra comme d’un bon plaideur, d’un excellent technicien du Droit, en somme, comme de quelqu’un qui connaissait parfaitement son travail.
C’était le cas de Maître DJEUTCHOUANG SILINOU Guy Martin et c’est bien de cette qualité d’excellent Confrère que nous nous souviendrons.
De tout Avocat, je souhaite qu’on retienne qu’il s’agissait d’ETRE EXCEPTIONNEL A TOUS POINTS DE VUE.
Guy, Vas reposer en paix auprès de ce Magistrat intègre, de cet autre serviteur de la Justice que fut ton père.
Que la terre de Batié te soit légère
Batié le 03 juin 2017
Le Bâtonnier de l’Ordre
Me J. NGNIE KAMGA