Cameroun: Audience de rentrée Solennelle du Président de la Cour Suprême du 23 février 2016
L’ERREUR JUDICIAIRE ENTRAINE LA PERTE DE LA CREDIBILITE DE LA JUSTICE. Reflexion. La Cour suprême a tenu dans sa salle d’apparat son audience de rentrée solennelle le mardi 23 février 2016. Une occasion, comme de tradition, pour le prés
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L’ERREUR JUDICIAIRE ENTRAINE LA PERTE DE LA CREDIBILITE DE LA JUSTICE.
Reflexion.
La Cour suprême a tenu dans sa salle d’apparat son audience de rentrée solennelle le mardi 23 février 2016. Une occasion, comme de tradition, pour le président de l’institution de délivrer une communication. Le premier président a pour sa part axé son allocution sur « l’erreur judiciaire dans la vie du droit au Cameroun ».
Par Daniel Mekobe Sone, premier président de la Cour suprême
A l’occasion de cette cérémonie devenue tradition, la Cour suprême partage avec tous les membres du corps judiciaire et ses invités, une réflexion sur un thème ciblé. Pour cette année 2016, nous avons choisi d’engager la réflexion sur l’erreur judiciaire dans la vie du Droit au Cameroun ».
« après s’être lavé les mains, cédant aux cris de la foule hurlante, PILATE condamna l’homme Dieu au supplice infamant de la Croix. C’est ainsi qu’il y’a plus de deux mille ans, victime de la sentence inique d’un juge indigne, un innocent expirait sur le Golgotha ».
Les historiens de la réligions estimèrent que PILATE avait commis une « erreur monumentale » (Eliane de licourt , l’Erreur Judiciaire, Paris, l’Harmattan, Paris 2006. P.2).
Il s’agissait d’une erreur judiciaire consubstantielle à la nature humaine. Voltaire disait en son temps que « l’erreur est une faiblesse irréductible dont chacun est pétri ; plurielle, l’erreur peut frapper le plus sage, même le juge ! Mais, en ce cas l’erreur entraîne des conséquences d’une excessive gravité » (Votaire, le Traité de la tolérance).
Quelques affaires célèbres de la justice française révèlent les répercussions des erreurs dans l’opinion publique et sur l’image de la justice. On peut citer l’affaire Dreyfus, avec la fameuse lettre « j’accuse » d’Emile Zola adressée au Président de la République française pour clamer l’innocence de Dreyfus. On peut également citer les affaires Agret (Affaires Dreyfus – affaire Agret – Affaire Gils) et plus récemment d’Outreau (« Affaire d’Outreau » plus récente a révélé les errements et manquements graves d’un jeune juge d’instruction.
Aux Etats-Unis , l’affaire George Johnson est restée dans les annales de l’histoire comme le prototype de ce qu’il ne faut pas souhaiter. Sa pierre tombale au cimetière de Tombstone porte les révélations suivantes : « Here lies Georges Johnson, Hanged by mistake, He was right, We was Wrong, and now he’s gone ». –“Ici repose Georges Johnson, Pendu par Erreur; il était innocent; nous étions dans l’erreur et nous l’avons pendu. Maintenant il est parti » (la pierre tombale de cet innocent exécuté par erreur en 1882 pour un crime qu’il n’a pas commis est devenu un lieu de pélérinage. Cf KALIFA (D) L’encre et le sang. Paris, Fayard 1995).
Cas célèbres
Ce phénomène décrié dans beaucoup de pays n’épargne pas notre pays.
Depuis quelques années, la justice est au centre de toutes les préoccupations : Elle suscite plus que par le passé une attention particulière de l’opinion publique (l’opinion publique veut instruire les procédures à la place des juges) et des médias (les médias s’appuient sur quelques éléments glanés déci-delà pour innocenter le coupable).
Ces derniers s’érigent en juridiction et décèlent l’erreur judiciaire dans toutes les procédures où le dénouement n’est pas en phase avec leurs illusions. L’opinion publique juge ; l’opinion publique condamne ; l’opinion publique acquitte ; l’opinion publique connait tous les crimes crapuleux. De même, les médias enquêtent et donnent leur verdict, sans laisser le temps au juge de mener l’instruction.
Certains justiciables avancent dans le même aventure en sollicitant tantôt l’indemnisation des préjudices subis du fait de leur détention abusive, tantôt en sollicitant la révision de leur procès au nom de l’erreur judiciaire, sans s’assurer que les conditions requises sont réunies.
Pourtant l’erreur judiciaire est une notion bien connu dans la vie du droit au Cameroun ; le législateur camerounais a bien délimité et précisé ses contours dans le code de procédure pénale, le code de procédure civile et commercial et la loi 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
Le doyen Serge Guinchard (Guinchard Serge, Lexique de termes Juridiques, Paris, Dalloz 2013, P.399) définit l’erreur judiciaire come « l’erreur commise par les magistrats, faussant leur décision et qui est susceptible d’avoir une voie de recours ».
Lucie Jouvet (Jouvet (L), Socio-anthropologie de l’erreur judiciaire, Paris l’Harmattan, 2010- P.11) socio-anthropologue précise que l’erreur peut selon le contexte signifier une chose et son contraire : la condamnation d’une personne innocente ; l’acquittement d’une personne coupable.
L’Avocat Général Jacques Brissaud disait il y’a longtemps que l’erreur judiciaire « est celle du juge qui, par lâcheté, indifférence ou intérêt, cède aux remous de la foule, ou obéit à des voies puissantes d’où qu’elles viennent » (Brissaud Jacques, rentrée solennelle de la Cour d’Appel de Limoges en 1956).
En réalité, l’erreur judiciaire est la négation de la vérité judiciaire ; c’est par exemple le fait pour les juges de violer l’obligation d’impartialité pour s’éloigner de la vérité (Engel (P) Qu’est ce que la vérité ? La vérite, Réflexion sur quelque truisme, Hâtier, Paris 1998, P.3).
L’erreur judiciaire peut se présenter sous plusieurs visages : erreur de forme, erreur de fond, erreur de droit et erreur de fait.
Les magistrats qui rendent justice sont des hommes et comme tels, ils peuvent se tromper. Et les conséquences peuvent être extrêmement graves sur la liberté, les propriétés privées ou publiques, les droits et même sur la vie du justiciable.
Pour éluder les erreurs judiciaires et sauvegarder la noblesse de l’œuvre de justice, le législateur camerounais a entouré l’activité judiciaire d’un ensemble de mesure préventives, réparatrices que compensatrices des erreurs judiciaires. Ce sont les moyens idoines pour neutraliser les causes des erreurs judiciaires et soulager les victimes de ce phénomène.
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Notre société considère le juge comme un être parfait. Infaillible et omniscient. Il est supposé connaître toutes les lois, toutes les jurisprudences et de toutes les matières.
Cette vision idéaliste du juge qui se traduisait par l’adage « la couronne ne se trompe pas » doit être fondamentalement relativisée. Aujoud’hui la couronne peut se tromper et se trompe souvent.
Le législateur camerounais a bien appréhendé les limites des pouvoirs des juges. Et comme le disait à juste titre un auteur, Jean Vincent « la meilleure manière de garantir les Parties contre les erreurs éventuelles des juges serait d’éviter que ceux-ci n’en commettent » (Vincent (Jean), Gabriel Montagnier et André Vainard, les institutions judiciaires, Précis Dalloz P.132).
Comment prévenir l’erreur judiciaire ?
Il n’est pas possible de recenser toutes les mesures qui tendent à ce résultat, elles sont nombreuses et diversifiées.
Mais les plus notables sont relatives à la formation de magistrats, au respect du devoir d’impartialité, à la composition collégiale des juridictions collégiales juridictions et à l’intervention volontaire.
La meilleure prévention de l’erreur judiciaire réside dans la qualité de formation des magistrats.
Ne Perdons jamais de vue que la qualité de notre justice est largement tributaire de notre de la formation de nos magistrats. Pour notre part, l’Ecole Nationale d’Admistration et de Magistrature (ENAM) doit persévérer dans l’effort de spécialisation engagée. Elle doit surtout insister sur l’éthique et la déontologie martelées par le Président de la République à l’occasion des cérémonies marquant le cinquantenaire de l’ENAM et qui restent d’actualité et interpellent tous les magistrats : « la justice – les jeunes auditeurs de justice doivent en avoir pleinement conscience – est la plus haute instance de régulation sociale et la poutre maitresse de la démocratie dans un Etat de droit. Rendre justice est une noble mission, mais aussi une lourde responsabilité. Ici, c’est l’éthique et la déontologie qui doivent servir de guide. Et la République qui confie aux magistrats le soin de veiller au respect des lois, peuvent tolérer les défaillances » (Extrait du discours du Président de la République Paul Biya, prononcé le 1er Décembre 2009 à l’occasion du cinquantenaire de l’ENAM)
En réalité, un magistrat bien formé est une erreur judiciaire d’évitée. C’est de la sorte que nous pouvons en amnt du processus judiciaire, prévenir les erreurs judiciaires.
Au-delà de la formation, le législateur a édicté des règles de préservation du devoir d’impartialité du juge.
Face à certaines procédures, le juge se trouve dans l’impossibilité d’exercer librement son office parce qu’un doute risque de peser sur son indépendance d’esprit ; il est donc appelé à ne pas juger.
Par exemple s’il existe des liens de parenté ou d’alliance entre les parties au procès ou et je juge, ce dernier doit avouer son impuissance de connaitre objectivement de la cause. S’il le fait, il respecte son serment et évite le risque d’une erreur judiciaire.
S’il ne le fait pas, il peut faire l’objet de récusation. Il s’agit d’une procédure particulière et bien règlementée dont la finalité est de faire écarter par un plaideur de la composition du Tribunala chargé de juger sa cause, un juge et faire confier sa cause à un autre juge (article 159 du CPCC , articles 594 à 599 du CPP).
Parfois le justiciable peut emprunter la voie du renvoi. Dans ce cas, tout un tribunal ou toute une Cour se voit étendre la suspicion alors qu’avec la récusation, on visait un seul juge.
Dans le souci de limiter les erreurs, la collégialité a été instituée pour lutter contre l’appréciation erronée d’un juge unique (l’article 21 de la loi2006/015 du 29 déc. 2006 portant organisation judiciaire, impose que toutes les affaires à la Cour d’appel, soient connues par trois juges).
[….]
Si le législateur Camerounais a organisé les techniques de prévention de l’Erreur judiciaire, c’est fort de ce que les causes majeures du phénomène sont identifiables et les conséquences parfois très graves.
Parmi les causes fréquentes de l’erreur judiciaire on peut citer :
- Les faux témoignages
- L’erreur d’identification
- La faiblesse des expertises
- L’interprétation erronée des textes
- La fabrication des preuves
- L’archaïsme du matériel de la police scientifique
- L’ignorance de la loi
- L’incompétence des juges
- L’impact des professions de toutes sortes sur le juge
- La complaisance des auxiliaires de justice (Avocats, Huissiers, Notaires, Experts, Police judiciaire)
- Si après une condamnation pour homicide, de nouvelles pièces produites sont de nature à prouver que la prétendue victime est encore en vie ;
- Si après une condamnation, il est établi que le condamné était innocent, même s’il est responsable de l’erreur judiciaire ;
- Lorsqu’une personne autre que le condamné a reconnu, devant les témoins digne de foi, être l’auteur du délit ou du crime, et confirmer ses aveux devant un officier de Police Judiciaire ;
- Si, après une condamnation, de nouvelles pièces ou des faits nouveaux de nature à établir l’innocence du condamné sont découverts.
- Nous devons chercher à nous améliorer dans l’accomplissement de nos missions quotidiennes et dans chaque maillon de la chaine judiciaire.
- Et à la fin de la journée, lorsque nous quittons le palais de justice, nous devons toujours nous demander si un innocent ne croupit pas injustement en prison pour notre fait ?
- Nous devons nous demander si un citoyen n’a pas été injustement dépossédé de son bien de notre fait ?
- Nous devons nous demander si un criminel n’a pas reussi à échapper aux mailles de la justice de notre fait ?
- Nous devons nous demander si un orphelin ou une veuve ne maudit pas la justice par ses pleurs de notre fait ?
- Nous devons nous demander si un investisseur n’a pas mis la clef sous le paillasson à cause de notre fait ?

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