La vente commerciale en Droit Ohada: Une originalité au profit du développement économique
Cette article a été publié pour la première fois par la Revue du Droit des Affaires en Afrique (RDAA), partenaire de tribunejustice.com Résumé L’acte uniforme portant sur le droit commercial général révisé a apporté de grandes inno
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Cette article a été publié pour la première fois par la Revue du Droit des Affaires en Afrique (RDAA), partenaire de tribunejustice.com
Résumé
L’acte uniforme portant sur le droit commercial général révisé a apporté de grandes innovations en ce qui concerne la vente commerciale. Ainsi, relativement au contentieux de l’inexécution du contrat de vente commerciale, il a institué des moyens de sanctions originales. Il en est ainsi de l’exception d’inexécution judiciaire, de la résolution unilatérale et de l’obligation de modérer le dommage imposée à la victime. Cette innovation a profondément bouleversé de grands principes notamment les principes de la force obligatoire du contrat et de la réparation intégrale du préjudice qui régissent le droit des contrats. Notre propos consiste à édifier les praticiens quant à l’application de ces nouveaux moyens de sanctions par les juridictions nationales et communautaires, voire internationales.
Abstract
The revised Uniform Act relating to General Commercial Law brought great innovations to the commercial sale. Concerning the dispute of nonperformance of the contract of commercial sale, it established original means of sanction. This is the case for the exception of nonperformance of judicial decision, unilateral termination and the obligation to mitigate the damages. This innovation has deeply affected the major principles as the binding force of the contract and the full compensation for the damage. Our goal is to enlighten the practitioners on the application of these new sanctioning means by the national and Ohada jurisdictions, but also international jurisdictions.
La promotion de l’intégration juridique en Afrique s’est faite par la création d’un droit uniforme des affaires à travers l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), instituée par un Traité signé le 17 octobre 1993 à Port-Louis et révisé en 2008 à Québec. Son objectif est « l’harmonisation du droit des affaires dans les Etats Parties par l’élaboration et l’adoption de règles communes simples, modernes et adaptées à la situation de leurs économies… »[1]. Ces règles constituent les Actes Uniformes. A ce jour, dix Actes Uniformes ont été adoptés dont l’Acte Uniforme relatif au droit commercial général qui retiendra notre attention.
Cet Acte Uniforme, dans un contexte de mondialisation et de régionalisation, s’est cependant révélé peu attractif et moins favorable à l’environnement juridique des affaires, de par la rigidité de ses normes et l’ignorance du secteur informel. Ce qui a conduit à sa révision le 15 décembre 2010 à Lomé.
Le nouvel Acte Uniforme apporte des innovations en ce qui concerne notamment la vente commerciale. Celles-ci bouleversent profondément les principes du droit commun régissant le droit des contrats, d’où son originalité.
La vente est de loin, le plus courant des contrats commerciaux et même de tous les contrats conclus. Selon Michel PEDAMON[2], la vente constitue l’instrument par excellence des échanges économiques. Le législateur Ohada n’a pas défini la vente ; ce qu’a fait en revanche certaines législations nationales à l’instar du Sénégal. Ainsi, aux termes de l’article 264 du code des obligations civiles et commerciales sénégalais (COCC), « la vente est le contrat par lequel le vendeur s’engage à transférer la propriété d’une chose corporelle ou incorporelle à l’acquéreur, moyennant un prix fixé en argent. ».
Quant à la vente commerciale, elle désigne le contrat de vente ou de fourniture[3] de marchandises entre commerçants personnes physique ou morales[4]. Mais qu’entendre par marchandises ? Le législateur Ohada reste davantage muet sur cette interrogation. Toutefois, si l’on examine l’article 2-e de l’Acte uniforme relatif aux contrats de transport de marchandises par route(AUCMR), c’est une définition large[5] qui est retenue : la marchandise est « tout bien mobilier ».
Afin de doter les Etats-parties au Traité d’une législation moderne, l’AUDCG s’est inspiré de la CIVM[6]. Ce qui justifie que leurs dispositions sont presque identiques et c’est pourquoi l’originalité de l’AUDCG s’appréciera seulement vis-à-vis du droit commun des contrats plus précisément le code des obligations civiles et commerciales sénégalais.
Aussi, se pose-t-il la question de savoir : quelle est la spécificité du droit OHADA de la vente commerciale par rapport au droit commun ?
Cette spécificité se perçoit aussi bien dans la formation que dans l’exécution du contrat de vente commerciale. En effet, en ce qui concerne les conditions de formation du contrat notamment le consentement, le législateur OHADA vient éclairer son homologue sénégalais en définissant l’offre et l’acceptation (articles 241 à 247 AUDCG, article 78 COCC). Il précise également leurs caractères et leurs effets. L’obligation de bonne foi est exigée dans la formation et l’exécution du contrat dans l’AUDCG (article 237) alors qu’elle ne l’est que pour l’interprétation du contrat dans le COCC (article103). Mais l’innovation majeure réside dans le contentieux de l’inexécution du contrat de vente commerciale. En effet pour gérer les différends, le législateur OHADA a mis en place des méthodes divergentes en ce sens que d’une part, la mise en œuvre de l’exception d’inexécution est encadrée ; d’autre part, la résiliation unilatérale est permise (I). Aussi le régime de responsabilité relatif à la réparation du dommage mis en place est-il spécial (II).
- Une première originalité : la sanction de l’inexécution
- Le régime de l’exception d’inexécution
- La révocation unilatérale
- L’obligation de minimiser le dommage
- Le régime de l’obligation de minimiser le risque
- Les sanctions de la violation de l’obligation de minimiser le risque

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